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Mastering
the throw of the dice, an interview with Jean-Luc Terradillos
July
2000
Translation
to come soon.
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Photo: Mytilus |
Thierry
Lancino, né à Civray, vit actuellement à
New York. Deux de ses uvres ont été créées
récemment: Prisme (1996), pièce commandée
par Dominique Ferran pour linauguration de lorgue
de Notre-Dame-la-Grande, et Divertimento pour Orchestre (1997),
une commande d Etat pour lOrchestre Poitou-Charentes
de Charles Frey créée au Théâtre
des Champs-Élysées en février 1997.
À
Civray, lexistence de la musique était exclusivement
liée à lharmonie municipale, que mon grand-père
présidait. Il y jouait du saxophone. Tous les ans à
la Sainte Cécile, lharmonie donnait une aubade
sous les fenêtres de la chambre de mes grands-parents,
XIII rue Louis XIII. Qui ouvraient ensuite les portes et offraient
le champagne. La première fois je devais avoir trois
ans, je me souviens du clarinettiste qui menvoyait des
arpèges dans le visage. Un son formidable. Plus tard,
nous avons joué ensemble, mais il ma fallu attendre
davoir 7 ans pour faire de la musique car mes doigts étaient
trop courts pour commencer la clarinette. En attendant, je suis
devenu un virtuose de la « sifflette ».
À 17 ans jai eu un choc énorme en apprenant
la mort de Stravinsky en 1971, et en écoutant une de
ses uvres à la radio. Je pensais quil était
mort depuis lépoque glorieuse des ballets russes.
Un compositeur vivant était une chose inconcevable. Du
coup, ma perception du temps nétait plus la même.
Cela ma incité à écouter ce qui existait
de vivant. Alors jai commencé à fréquenter
le festival de musique contemporaine de Royan. Jy ai découvert
un monde insoupçonné. Jassistais à
tous les concerts, aux répétitions, jessayais
de lire les partitions, jen ai chapardé quelques-unes
au stand même de celui qui devait devenir mon éditeur
bien plus tard. Jai largement payé ma dette depuis!
Mon oreille sest « faite » à
ce moment-là.
Cest à Royan que jai entendu de la musique
concrète. Je nimaginais pas que, quelques années
plus tard, jentrerais au Conservatoire de Paris dans la
classe de Pierre Schaeffer qui enseignait la musique concrète?
Mon oreille sest donc formée de manière
un peu particulière.
Puis jai découvert lexistence de lordinateur
et jai cherché, à Stanford University (1979-1981),
à en explorer les possibilités musicales. Après
ces deux années en Californie, lIrcam a fait appel
à moi. Baigné dans la musique électronique,
cest paradoxalement à lIrcam que jai
été confronté à la musique instrumentale.
Jai commencé à écrire de la musique
mixte, mêlant voix, instruments percussions,
et électronique. Et ce, pendant une dizaine dannées,
jusquà la fin de mon séjour à la
Villa Médicis (1988-1990).
Pourquoi
cet attrait de la musique électronique?
Le
studio est un outil expérimental intéressant car
il ma permis de faire mes premiers essais de composition
à moindre coût « psychologique ».
En effet, la confrontation avec les musiciens nest pas
facile pour un jeune compositeur, pas toujours pris au sérieux,
donc fragilisé.
Mais cela peut devenir frustrant. Après cette expérience,
jai eu envie de collaborer avec des musiciens pour profiter
de lenrichissement que créée linterprète.
Une autre raison ma poussé à sortir du studio:
Lécriture. À lépoque, la musique
faite en studio se caractérisait par une absence décriture,
malgré les tentatives de notation par signes.
Quand
vous composez pour orchestre comme celui de Poitou-Charente,
êtes-vous tenté den modifier la structure?
Non.
Jessaie de faire évoluer mon discours par lécriture
et je prends lorchestre tel quil est offert. En
outre, modifier la structure dun orchestre, en retranchant
ou ajoutant des instruments, peut poser des problèmes
administratifs et financiers insurmontables
Cest
une des raisons pour lesquelles je me suis un peu éloigné
de structures comme lIrcam: les uvres ne peuvent
pas être ensuite jouées sauf dans les institutions
dans lesquelles elles ont été produites. Dautre
part, je ne vois pas la nécessité de faire table
rase. Des ensembles comme le trio à cordes, le quatuor
à cordes et lorchestre de type Mozart sont tout
à fait satisfaisants. Ces formations ont atteint un é
équilibre qui est le fruit de lhistoire. Je pense
à leur évolution, mais avec beaucoup de prudence.
Quel
fut laccueil de Divertimento?
Cette
pièce a suscité quelques remous, notamment parce
que certains auditeurs connaissant mes oeuvres précédentes,
apparemment plus « aventureuses », entendaient
des rythmes assez compréhensibles, voire de la musique
de danse! Pour moi, cest plutôt une conquête
du rythme, de la clarification et de la structuration des idées.
En jouant Divertimento, lOrchestre Poitou-Charente a été
surpris de lampleur du son. Il sonne comme un orchestre
symphonique.
Quelle
place accordez-vous à la théorie?
De
Royan à la fin de lIrcam, jétais en
recherche de grammaire, de vocabulaire, de moyens techniques
et de moyens de penser. Puis, cela soublie. Je suis plutôt
enclin à faire de la poésie et du lyrisme, que
de la grammaire. En revanche, je crois beaucoup aux différentes
sources dinspiration. Une écriture musicale senrichit
par lexpérience de lécriture bien
sûr mais aussi par lunivers extérieur, par
les rencontres, par les voyages. Il est difficile de se renouveler
si lon reste dans un endroit, sans en bouger.
Après
une résidence de quatre ans à lAbbaye de
la Prée, vous vivez à New York. Nest-ce
pas le jour et la nuit?
Même si jai des envies de vie à la française,
je me sens assez solide pour vivre nimporte où.
Je le dois certainement à la stabilité de ma jeunesse
qui ma procuré de grands bonheurs. Quand quelque
chose ne va pas, je peux voyager dans le temps et me retrouver
à lâge de 10 ans, à pêcher au
bord de la Charente.
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